Le rapport annonce un taux. Quatre-vingt-douze pour cent, disons. Le chiffre rassure, il se met dans une présentation, il donne l’impression d’une note sur vingt. C’est exactement le malentendu qu’il faut lever avant de commander l’audit.
Le taux exprime la proportion de critères conformes parmi ceux qui s’appliquent. Il ne dit rien de leur importance relative, ni du fait qu’un seul critère défaillant peut interrompre un parcours entier.
Ce que mesure un audit, et selon quel référentiel
L’évaluation s’appuie sur le référentiel général d’amélioration de l’accessibilité, déclinaison française de la norme européenne EN 301 549, elle-même alignée sur les règles internationales WCAG au niveau AA.
Un auditeur applique les critères à un échantillon de pages : accueil, contact, mentions légales, une page de chaque gabarit, et les pages engagées dans un parcours. Chaque critère est conforme, non conforme, ou non applicable.
Le nombre de critères applicables varie donc d’un site à l’autre. Comparer deux taux issus de deux périmètres différents n’a aucun sens — et c’est pourtant ce qui se fait dès qu’un chiffre existe.
Les quatre défauts qui produisent le plus d’exclusions
- Le clavier. Un parcours qui ne peut pas être mené sans souris exclut une part des utilisateurs, et pas seulement des personnes aveugles.
- Les alternatives textuelles. Une image porteuse d’information sans alternative fait disparaître l’information. Une image décorative avec une alternative bavarde parasite la lecture.
- Les formulaires. Une erreur signalée par la seule couleur, ou un message d’erreur non relié à son champ, rend la correction impossible pour qui ne voit pas l’écran.
- La structure des titres. Une hiérarchie posée pour la taille du texte plutôt que pour le plan du document supprime le seul moyen de naviguer rapidement dans une page longue.
Ces quatre familles concentrent l’essentiel de ce qui empêche réellement d’utiliser un site. Elles ne sont pas les plus coûteuses à corriger.
Corriger dix critères mineurs fait monter le taux. Corriger le formulaire de commande fait entrer un client.
Ce que le rapport doit contenir pour être exploitable
- le périmètre exact : quelles pages, quels parcours, quelles versions — et ce qui n’a pas été regardé
- les critères non conformes, avec pour chacun l’endroit constaté et l’effet sur l’utilisateur
- une hiérarchie par gravité d’usage, pas par numéro de critère
- l’estimation de correction, en distinguant ce qui relève du contenu de ce qui relève du gabarit
- les éléments de la déclaration d’accessibilité, prêts à être publiés
Le dernier point est souvent absent, alors qu’il conditionne le respect de l’obligation déclarative. Un audit livré sans les éléments à publier laisse l’entreprise en défaut sur la partie la plus facilement constatable.
Corriger dans le bon ordre
L’ordre qui vient naturellement — traiter les critères par numéro — est le plus mauvais. Trois passes valent mieux, dans cet ordre.
- Ce qui bloque un parcours. Commander, s’inscrire, contacter, payer. Tant qu’une de ces tâches est impossible, le reste attend.
- Ce qui se corrige dans le gabarit. Une correction faite une fois s’applique à toutes les pages : c’est le meilleur rendement de l’opération.
- Ce qui relève du contenu. Alternatives, intitulés de liens, hiérarchie des titres. Volume important, difficulté faible, à traiter dans la durée et à intégrer au processus de publication.
La troisième passe est celle qu’on n’achève jamais si elle n’entre pas dans les habitudes de production. Un site corrigé une fois se dégrade au rythme des publications suivantes.
Ce que l’audit ne règle pas
Encore faut-il savoir à quoi l’on est censé être conforme. Deux régimes coexistent en France, avec deux périmètres et deux autorités : ce n’est probablement pas le RGAA qui vous oblige.
Il constate un état à une date. Il ne dit pas si l’entreprise relève du régime de l’article 47 ou de celui de l’accessibilité des produits et services — deux périmètres différents, deux jeux d’obligations, deux autorités de contrôle. Cette qualification se fait avant, et elle détermine ce qu’il faut demander.
Questions fréquentes
Que mesure un audit RGAA ?
La proportion de critères conformes parmi ceux qui s’appliquent, sur un échantillon de pages, selon le référentiel français aligné sur la norme EN 301 549 et les règles WCAG au niveau AA. Ce taux ne dit rien de l’importance relative des critères.
Un bon taux de conformité RGAA garantit-il un site accessible ?
Non. Tous les critères pèsent le même poids : un défaut de contraste secondaire compte autant qu’un formulaire de commande impossible à valider au clavier. Un audit doit suivre des parcours complets — s’inscrire, commander, payer — pour trouver le blocage qui compte.
Par quoi commencer pour corriger l’accessibilité d’un site ?
Par ce qui bloque un parcours, puis par ce qui se corrige dans le gabarit et s’applique à toutes les pages, enfin par le contenu — alternatives textuelles, intitulés de liens, titres —, à intégrer au processus de publication pour que le site ne se dégrade pas.